Un cas réussi donne envie d’être montré : une réhabilitation antérieure, un alignement, un sourire transformé. Mais au Maroc, publier des photos avant/après quand on est dentiste pose deux problèmes à la fois. Le premier est déontologique : une image de résultat sert souvent à attirer des patients, ce que le code assimile à de la publicité. Le second concerne le patient : sa photo est une donnée personnelle, et une bouche suffit parfois à le reconnaître.

Ce guide fait le point sur le code de déontologie et la loi 09-08, distingue trois niveaux d’usage et propose un modèle de consentement, une méthode d’anonymisation et des alternatives pour informer sans exposer personne.

En bref

  • Une photo avant/après est une donnée personnelle de santé : la loi 09-08 inclut l’image dans les données personnelles.
  • Le code de déontologie (article 4) exige que l’identification du patient soit impossible, même dans une publication scientifique.
  • Un avant/après publié pour attirer des patients se rapproche de la réclame interdite par l’article 11 : la position prudente est de s’en abstenir.
  • Hors du dossier, il faut un consentement écrit, distinct du consentement aux soins, usage par usage, et révocable.
  • Une photo intrabuccale sans visage n’est pas automatiquement anonyme.

Pourquoi les photos avant/après du dentiste sont-elles sensibles ?

Un avant/après dit deux choses : « voici ce que j’ai fait » et « voici ce que vous pourriez obtenir ». La seconde pose problème. Chaque résultat dépend du cas : parodonte, occlusion, hygiène, coopération. Montré au grand public, le meilleur résultat du cabinet fonctionne comme une promesse.

La photo montre aussi une personne, souvent à un moment où elle n’aime pas son sourire ; une fois publiée, elle échappe au cabinet : captures, partages, republications. Enfin, la photo « avant » montre parfois le travail d’un confrère : la commenter en public revient à médire de lui.

Ces questions s’inscrivent dans le cadre du marketing dentaire conforme à la déontologie au Maroc.

Ce que dit le code : secret et identification impossible

Le code de déontologie des médecins-dentistes, rendu applicable par le décret n° 2-96-989 du 5 janvier 1999 (texte du code), s’impose à tout dentiste inscrit au tableau de l’Ordre (article 1). Il ne parle ni de photographie ni de réseaux sociaux, mais plusieurs articles s’appliquent directement.

Pour une publication scientifique, l’article 4 demande que « l’identification du patient soit impossible ». Si l’usage le plus légitime, la science, l’exige, une publication sur Instagram ne peut pas exiger moins.

ArticleCe qu’il prévoitConséquence pour un avant/après
4Secret, équipe instruite, supports protégés, identification impossibleAnonymisation réelle hors du dossier ; pas de photos sur un téléphone personnel non protégé
11Interdiction de tous procédés directs ou indirects de réclame ou de publicitéL’avant/après « vitrine » expose à un risque disciplinaire
19Interdiction de la réclame personnelle ou en faveur d’une firmePas de marque de facettes, d’aligneurs ou d’implants mise en avant
20Interdiction de divulguer au grand public un procédé dont la valeur et l’innocuité ne sont pas démontréesPas de « technique révolutionnaire » illustrée par un cas
10Interdiction des supercheries propres à déconsidérer la professionPas de retouche ni de filtre sur le résultat
50Interdiction de médire d’un confrèreAucun commentaire sur le travail visible sur la photo « avant »

Nous n’avons pas trouvé de recommandation de l’Ordre national des médecins dentistes (ONMD) consacrée aux avant/après. Avant d’en faire une pratique, demandez un avis écrit à votre conseil régional ; l’ONMD publie ses textes de référence en ligne.

Loi 09-08 : la photo du patient est une donnée personnelle

La loi 09-08 définit la donnée à caractère personnel comme toute information concernant une personne identifiée ou identifiable, quel que soit son support, et cite expressément le son et l’image (article 1). Une personne est identifiable notamment par des éléments de son identité physique. Une bouche en fait partie.

Une photo dentaire renseigne aussi sur la santé : c’est une donnée sensible (article 1), dont le traitement repose sur le consentement exprès ou un autre fondement prévu par la loi (article 21). La diffusion est elle-même un traitement. Traiter des données de santé sans consentement exprès est puni de six mois à deux ans d’emprisonnement et de 50 000 à 300 000 DH d’amende, ou de l’une de ces peines (article 57).

Reste la finalité. Les données collectées pour soigner ne doivent pas être réutilisées de façon incompatible (article 3), et le régime de simple déclaration de l’article 22 vise les traitements dont la seule finalité est le diagnostic, les soins ou la gestion des services de santé. Un usage de communication sort de ce cadre : interrogez la CNDP sur la formalité adaptée.

Toute l’équipe reste tenue au secret, même après son départ (article 26). Au cabinet, le droit à l’image du patient passe donc par la loi 09-08 et le secret professionnel. Le cadre complet figure dans notre guide de la loi 09-08 au cabinet dentaire.

Usage interne, enseignement, publication : trois niveaux

Pour chaque image, demandez-vous à quel niveau elle sera utilisée.

NiveauExemplesCe qui est exigéPosition prudente
1. Dossier cliniqueBilan, suivi, teinte pour le laboratoire, explication au patient de son propre casFinalité de soins, information du patient, accès limitéUsage normal ; photos rangées dans le dossier
2. Enseignement, confrèresCongrès, publication, cours, avis demandé à un confrèreIdentification impossible (article 4), accord écrit recommandéAnonymiser comme pour une publication
3. Diffusion publiqueInstagram, Facebook, TikTok, site, fiche Google, écran de salle d’attenteArticle 11, consentement exprès, anonymisationPas d’avant/après « vitrine » ; éducatif seulement, anonymisé et consenti

Deux situations passent souvent inaperçues. Le groupe de discussion où l’on demande l’avis d’un confrère est déjà une communication à des tiers : ni prénom dans le nom du fichier, ni radio portant l’identité, ni capture de la fiche patient. Et l’écran de la salle d’attente est déjà un public. Pour les réseaux, voir comment publier sur les réseaux sociaux sans faire de publicité.

Consentement photo du patient : écrit, distinct, par usage, révocable

Chacun de ces critères a une raison.

  • Écrit. La loi parle de consentement exprès ; sans document daté, impossible de prouver ce que le patient a accepté.
  • Distinct. La loi définit le consentement comme libre, spécifique et informé (article 1). Une case dans la fiche d’admission ou une ligne du consentement éclairé aux soins ne suffit pas : le patient doit pouvoir refuser sans effet sur ses soins.
  • Usage par usage. Accepter un congrès n’est pas accepter Instagram.
  • Révocable. Un accord libre se retire ; indiquez comment.

Pour un mineur, l’accord vient du représentant légal. Par prudence, aucune photo d’enfant en diffusion publique, même anonymisée.

Modèle d’autorisation à adapter

Autorisation d’utilisation de photographies dentaires

Je soussigné(e) [nom, prénom] autorise le cabinet du Dr [nom] à utiliser les photographies et radiographies de mon traitement [préciser], pour les seuls usages cochés :

  • Présentation à d’autres patients au cabinet, sans mon nom ni mon visage
  • Enseignement entre confrères (congrès, cours, publication), sans possibilité de m’identifier
  • Site ou réseaux sociaux du cabinet, sans mon nom ni mon visage

Cet accord est facultatif et sans effet sur mes soins. Je peux le retirer à tout moment par écrit ; le cabinet retirera alors ses publications, mais ne peut pas rappeler les copies faites par des tiers. Le retrait ne concerne pas mon dossier médical.

Durée : [à préciser]. Fait à [ville], le [date]. Signature du patient ou du représentant légal.

Notez au dossier chaque usage hors du niveau 1 : support et date. smilesIA permet de faire signer un consentement en ligne ; pour les photos, utilisez un document dédié, séparé du consentement aux soins.

Anonymiser vraiment une photo dentaire

Un test suffit : si le patient, un proche, un collègue ou son ancien dentiste peut le reconnaître, la photo n’est pas anonyme. Les dents servent d’ailleurs à identifier des personnes en médecine légale.

Check-list : ce qui peut identifier un patient

  • Visage, même partiel ; cicatrice, piercing, tatouage, bijou.
  • Denture singulière : diastème, dent absente, couronne visible, malposition, appareil.
  • Texte : nom ou date sur la radio, numéro de dossier, nom du fichier.
  • Métadonnées : date, appareil, parfois coordonnées GPS.
  • Légende : âge, ville, profession, circonstance.
  • Contexte : publication le lendemain du rendez-vous, story de la salle d’attente, voix dans une vidéo.

La méthode en 6 étapes

  1. Partir de la photo du dossier, jamais d’un téléphone personnel.
  2. Recadrer au strict nécessaire, sans lèvres ni visage.
  3. Retirer les annotations et renommer le fichier.
  4. Exporter une copie sans métadonnées et vérifier ses propriétés.
  5. Rédiger une légende neutre et décaler la publication de plusieurs semaines.
  6. Faire relire par une seconde personne : « reconnaîtriez-vous ce patient ? ». Au moindre doute, ne publiez pas.

Exemple : une photo de bloc antérieur, recadrée et sans métadonnées, légendée « Mme K., enseignante à Tétouan, 34 ans ». Ses collègues la reconnaissent : la légende a rendu la photo identifiante.

Limitez aussi qui peut ouvrir et exporter les photos. Dans smilesIA, la gestion d’équipe attribue des droits par rôle, et un journal d’activité garde la trace des actions de chacun.

Alternatives : informer sans montrer de patient

L’avant/après sert surtout à faire comprendre ce qui est possible. D’autres supports le font sans exposer personne.

BesoinAlternative
Expliquer un traitementSchéma, animation, modèle pédagogique, étapes en texte
Montrer le cabinetLocaux, stérilisation, équipe (avec l’accord écrit de chacun)
Rassurer sur le dérouléVidéo du parcours sans patient, questions fréquentes
Montrer à un patient ce qui est possible pour luiSes propres photos et radios, un projet présenté au fauteuil

Montrer sur la tablette le cas d’un autre patient reste une communication à un tiers : réservez-la aux cas anonymisés dont le patient a coché cet usage. Pour d’autres pistes, voyez nos 30 idées de publications pour dentiste, sans publicité.

Erreurs fréquentes

  • Une case « photos » noyée dans la fiche d’admission : ni spécifique ni distincte.
  • Croire une photo intrabuccale anonyme parce que le visage n’apparaît pas.
  • Publier le jour même, géolocalisé, avec une légende détaillée.
  • Garder les photos sur un téléphone personnel synchronisé dans un cloud privé.
  • Confier Instagram à une agence qui publie des avant/après : le dentiste répond devant l’Ordre (article 1).
  • Retoucher le résultat : blanchir ou filtrer l’image « après ».

Questions fréquentes

Un dentiste peut-il publier des photos avant/après sur Instagram ?

Le code de déontologie de 1999 ne parle pas des réseaux sociaux, mais il interdit tous procédés directs ou indirects de réclame ou de publicité (article 11). Un avant/après publié pour attirer des patients s’en rapproche fortement. Un contenu éducatif exige au minimum un consentement écrit, une anonymisation réelle et aucune promesse de résultat ; en cas de doute, interrogez votre conseil régional de l’Ordre.

Faut-il l’accord écrit du patient pour publier une photo ?

En pratique, oui. La loi 09-08 range l’image parmi les données personnelles et punit le traitement de données de santé sans consentement exprès (article 57). Elle n’impose pas la forme écrite, mais seul un écrit prouve l’accord, son étendue et sa date. Il doit être distinct du consentement aux soins.

Une photo intrabuccale sans visage est-elle anonyme ?

Pas forcément. Pour la loi 09-08, une personne est identifiable par des éléments de son identité physique (article 1), et une denture l’est souvent : diastème, couronne, malposition. Les proches ou l’ancien dentiste du patient peuvent la reconnaître, surtout si la légende ou les métadonnées donnent un indice.

Le patient peut-il demander le retrait d’une photo publiée ?

Oui. Un consentement libre se retire, et la loi 09-08 prévoit un droit d’opposition pour motifs légitimes (article 9) et l’effacement des données traitées de façon non conforme (article 8). Retirez la publication sans attendre et notez la demande au dossier. Les photos du dossier clinique, elles, restent utiles au suivi.

Peut-on présenter un cas clinique dans un congrès ?

Oui : c’est l’usage scientifique visé par l’article 4 du code, à condition que l’identification du patient soit impossible. Recueillez un accord écrit pour l’enseignement et retirez noms, dates et métadonnées des diapositives. Partez du principe qu’elles seront photographiées et diffusées.

Conclusion

Les photos avant/après restent un bon outil, au bon niveau : dans le dossier, elles servent le patient ; entre confrères, la science, sans identification possible. En public, le code laisse peu de place à l’image de résultat : privilégiez l’explication, avec un consentement écrit par usage et une anonymisation vérifiée à deux.

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Questions fréquentes

Un dentiste peut-il publier des photos avant/après sur Instagram ?

Le code de déontologie de 1999 ne parle pas des réseaux sociaux, mais il interdit tous procédés directs ou indirects de réclame ou de publicité (article 11). Un avant/après publié pour attirer des patients s'en rapproche fortement. Un contenu éducatif exige au minimum un consentement écrit, une anonymisation réelle et aucune promesse de résultat ; en cas de doute, interrogez votre conseil régional de l'Ordre.

Faut-il l'accord écrit du patient pour publier une photo ?

En pratique, oui. La loi 09-08 range l'image parmi les données personnelles et punit le traitement de données de santé sans consentement exprès (article 57). Elle n'impose pas la forme écrite, mais seul un écrit prouve l'accord, son étendue et sa date. Il doit être distinct du consentement aux soins.

Une photo intrabuccale sans visage est-elle anonyme ?

Pas forcément. Pour la loi 09-08, une personne est identifiable par des éléments de son identité physique (article 1), et une denture l'est souvent : diastème, couronne, malposition. Les proches ou l'ancien dentiste du patient peuvent la reconnaître, surtout si la légende ou les métadonnées donnent un indice.

Le patient peut-il demander le retrait d'une photo publiée ?

Oui. Un consentement libre se retire, et la loi 09-08 prévoit un droit d'opposition pour motifs légitimes (article 9) et l'effacement des données traitées de façon non conforme (article 8). Retirez la publication sans attendre et notez la demande au dossier. Les photos du dossier clinique, elles, restent utiles au suivi.

Peut-on présenter un cas clinique dans un congrès ?

Oui : c'est l'usage scientifique visé par l'article 4 du code, à condition que l'identification du patient soit impossible. Recueillez un accord écrit pour l'enseignement et retirez noms, dates et métadonnées des diapositives. Partez du principe qu'elles seront photographiées et diffusées.